Son avis
L’un de mes films préférés, peut-être même mon préféré, est Contact. Adapté du roman éponyme de Carl Sagan, Jodie Foster y joue une astrophysicienne. Les choix de rôles de cette actrice, toujours brillante, font que je vais voir un film dès lors que son nom est à l’affiche : peu importe le synopsis, je sais que je ne serai pas déçue. Ainsi en va-t-il de certaines autrices.
Parmi elles Nathalie Cabrol qui, par un curieux hasard — en lequel je ne crois pas — est astrobiologiste et directrice scientifique du centre de recherche Carl Sagan de l’Institut SETI, qui étudie la possibilité de vie dans l’univers. Oui, rien que ça !
J’ai lu avec grand intérêt ses précédents ouvrages, dans lesquels elle explique son métier. Et c’est simplement fascinant. Alors, quand j’ai vu l’annonce d’un roman, Dimensions, forcément, j’en ai guetté la sortie avec impatience.
Des documents inconnus de Léonard de Vinci font surface et sont liés à une affaire criminelle. De Paris aux Andes, en passant par le Clos Lucé — si vous ne connaissez pas, allez-y, quel bonheur ! —, chercheurs, enquêteurs et trafiquants d’antiquités se croisent et s’affrontent. Mais surtout, ils découvrent une révélation sur la nature de l’univers.
Roman captivant, Dimensions est un thriller haletant. Mais aussi, et surtout, une réflexion fascinante sur l’humanité, l’esprit et la nature même de la réalité. Est-ce parce que je suis bouddhiste, ou simplement parce que je m’interroge depuis longtemps sur la vie, l’esprit, l’univers, que ce roman me parle autant ? Peut-être. Toujours est-il que j’y ai trouvé une compréhension qui résonne avec la mienne, bien au-delà de ce que j’aurais imaginé.
Bref, un excellent thriller, et une plongée incroyable, non pas dans les lacs andins, mais dans la nature de l’univers.
Citations
"Dans l’heure qui suivit, Walsh exposa les détails de leurs découvertes. Il expliqua que la Terre n’était pas simplement née du hasard cosmique, mais qu’elle était le fruit d’une expérience extraterrestre. Il ne s’agissait pas d’une colonisation ancienne, mais bien de la manifestation complète d’un univers et de planètes dans le monde physique, créée dans l’intention d’y observer l’émergence et l’évolution de la vie, et l’expression de l’intelligence et de la conscience."
"Un instant, son regard se perdit par la fenêtre. Il avait depuis longtemps appris à refouler l’élan qui le saisissait à chaque fois qu’il renvoyait un monde au néant. Mais ce n’était jamais facile. Et avec la Terre, c’était plus difficile encore. Tant de beauté, tant de créativité, tant de potentiel... pensa-t-il. Il resta un long moment immobile, laissant l’écho des Maîtres résonner en lui. Il avait observé l’évolution de l’expérience terrestre pendant des milliards d’années, incapable de comprendre pourquoi les esprits les plus brillants de cette planète n’avaient pas su se sauver de leur propre dérive vers le chaos."
"Kathryn, la mort et la destruction ne sont jamais la solution. En dehors de la fin naturelle du corps physique, qui n'est en soi qu'une étape, la mort doit toujours être une transformation intérieure. Votre civilisation a déjà acquis le vocabulaire pour ça : métamorphose, transmutation, alchimie. C'est ce qui transforme l'épreuve en force, la douleur en création, la haine en amour. Réapprendre à élever les énergies lourdes est le fondement de l'expérience, pas d'écraser ce qui est différent. On ne détruit pas la graine... On façonne l'arbre."
"Vos sens limités sont des filtres posés pour que l’immensité ne vous submerge pas. Si vous perceviez ce que Léonard de Vinci appelait « la plénitude de l’Un », chaque ligne de temps, chaque chemin, chaque trajectoire, vous seriez anéantis par l’intensité insoutenable de la convergence de tous les possibles. Ce cadre que vous appelez "réalité" existe pour vous protéger, pour rendre l’expérience possible et supportable. Le voile n’est pas une punition, Kathryn. C’est une invitation à la curiosité. Si vous possédiez une connaissance absolue, il n’y aurait plus rien à créer... plus rien à chercher, plus de mystère, plus d’évolution ni de transformation possible. La conscience a besoin de contraste pour croître : présence et absence ; vérité et illusion ; joie et perte. Ce sont les tensions entre ces pôles qui la font évoluer. La souffrance est un signal. Le mystère est un élan. La séparation crée une perspective. Et la curiosité... La curiosité, Kathryn, est le feu sacré de l’évolution de l’univers et de la conscience universelle. Elle est ce qui empêche l’équilibre de se figer, ce qui empêche la conscience de s’éteindre. Mais parfois, elle est aussi ce qui l’embrase."
"[remerciements] Ce qui m’a le plus étonnée au cours du temps, c’est combien les personnages ont pris une vie propre, en s’engageant dans des directions que je n’avais pas anticipées. Ils m’ont littéralement entraînée dans leurs dimensions, au point de me faire sentir, parfois, davantage observatrice de leurs actions qu’autrice guidant leur destin."
Dimensions
Cabrol, Nathalie A.