Corps et esprit d'après le Shôbôgenzô
Dōgen
ISBN : 9782070751006
Son avis
Livre très intéressant comportant quelques enseignements de Dôgen, grand maître du bouddhisme zen, sur l'état d'Éveil.
Dôgen y rappelle notamment que l'Éveil ne dépend ni du statut, ni de l'ancienneté, ni du sexe de celui qui le réalise, et qu'il ne saurait être atteint par la seule connaissance des textes.
Une invitation à dépasser nos préjugés et nos conceptions intellectuelles pour revenir à l'expérience directe de la Voie.
Citations
"Le zen, depuis le silence de Shâkyamuni tenant une fleur et le sourire de Mahâkâshyapa en réponse, affirme que l’expérience de l’Éveil échappe à toute formulation. Tous les maîtres, à toutes les époques, n’ont cessé de mettre en garde contre tout attachement à la lettre aux textes sacrés, qui sont comme le doigt qui montre la lune et pas la lune elle-même."
"Sachez que tout ce que vous avez devant les yeux ici et maintenant est Bouddha. C’est en suivant de la sorte les paroles de nos maîtres fondateurs et en abandonnant vues arbitraires et préjugés que vous serez automatiquement en accord avec la Voie. Cela étant, les érudits de notre époque restent attachés à leurs opinions subjectives et se fondent sur leur point de vue personnel pour déclarer qu’un bouddha doit être comme ci ou comme ça. S’il n’est pas conforme à leur manière de voir, ils le réfutent et partent en quête de quelque chose qui ressemble à leurs propres suppositions."
"Interrogez les maîtres et les villages⁹⁹, questionnez le pilier solitaire, étudiez tuiles et murs. Dans le lointain passé, Tentaishaku interrogea un renard sauvage, lui rendit hommage et fit de lui son maître¹⁰⁰. Son renom lui valut d’être appelé Grand Bodhisattva, qualité qui ne dépend pas d’une rétribution karmique. Cependant, les sots qui n’entendent pas l’enseignement du Bouddha se disent : « Je suis un moine chevronné, je ne rendrai pas hommage à un novice, même s’il a atteint l’Éveil... Je pratique depuis des années, je ne vénérerai pas un moine qui a débuté sa pratique tard dans la vie... J’ai reçu le titre de maître, je ne m’inclinerai pas devant un moine qui n’a pas ce titre... J’ai une fonction d’administrateur, je ne me prosternerai pas devant un moine ordinaire... Je suis le supérieur du monastère, je n’ai pas à m’incliner devant un laïc ou une laïque... J’ai obtenu les trois degrés de sagesse et les dix degrés de sainteté, je ne me prosternerai pas devant des femmes, qu’elles soient nonnes ou laïques... Je suis prince impérial, je ne me prosternerai pas devant les gens de ma maison, même s’ils ont obtenu l’Éveil... »"
"En vérité, elle était au-delà des trois degrés de sagesse et des dix degrés de sainteté¹¹⁹, et cet acte d’Éveil était celui d’un successeur en ligne directe des bouddhas et patriarches. C’est pourquoi, de nos jours, lorsque dans un temple la fonction de supérieur ou d’adjoint du supérieur est vacante, il faut engager une nonne qui a obtenu l’Éveil. Même s’il est doyen d’âge avec de longues années de pratique derrière lui, un moine qui n’a pas obtenu l’Éveil ne sert à rien. Un guide doit obligatoirement avoir une vision claire de la Voie."