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Son avis

Logn est une femme de soixante ans, née dans un corps d’homme. Alors qu’elle attend depuis six ans son opération pour le bas, elle se livre sur sa vie. Celle d’aujourd’hui. Celle d’avant : celle de l’enfant, du frère, du mari, du père. Avec beaucoup d’humour et de pudeur, elle évoque la différence, le rejet des autres, y compris celui de sa propre famille. Le refus de son fils de l’appeler désormais maman. Le mal-être de vivre dans un corps qui ne lui correspond pas. Les pensées suicidaires.

Un livre d’une infinie finesse, plein de poésie, de délicatesse et d’humanité. Bouleversement total.

Références et suggestions

Bambi : L'histoire d'une vie dans les bois, Felix Salten

Citations

"Il arrive que certains naissent autres que ce qu'ils sont."

p. 25

"Je me suis aussi intéressée aux rouges à lèvres et, comme je devais m’y attendre, lorsque j’ai testé les différentes couleurs sur le dos de ma main, j’ai senti sur moi des regards. J’ai l’habitude que les gens m’observent. C’est ce qu’ils font. Nous sommes si peu nombreuses à vivre ici. Chaque jour, j’en prends pour mon grade. Je ne nierai pas que j’ai envisagé de partir à l’étranger où vivent davantage de mes semblables, comme le dit Hafalda, davantage de femmes vêtues de manteaux en daim ornés de revers en fourrure. Il ne faudrait pas que j’oublie que dans bien des pays, mon existence même n’est pas envisageable, je risquerais d’y subir des violences et d’être jetée en prison."

p. 39

"Quand je regarde ces images, j’ai le sentiment persistant que celui que j’appelle Lui est en train de jouer dans un film, qu’il n’adhère pas au scénario, qu’on lui a attribué un rôle qui le dépasse, qu’il passait simplement sur le lieu du tournage et qu’un malentendu l’a conduit à endosser un costume qui le met mal à l’aise."

p. 60

"Je ne suis pas une militante. Je ne vais pas crier sur la place publique. En fait, je n’ai pas envie de sortir du lot. Si la possibilité m’en était offerte, je préférerais être une banale dame de soixante et un ans."

p. 78

"Sonja étant comme sa grand-mère une femme d’intuition, je craignais qu’elle ne lise dans mes pensées. Lorsqu’elle se trouvait à proximité, je veillais donc à chasser de mon esprit les choses qu’elle devait ignorer. Je m’interdisais aussi les rêves par peur qu’ils affleurent sur mon visage. Je ne savais pas à quel moment je deviendrais moi, en tout cas, pas exactement, j’étais incapable d’envisager toutes les suites de cette idée, en tout cas, pas entièrement. Cela ressemblait plutôt à de simples illuminations, à de simples promesses que je m’adressais, et qui repartaient comme elles étaient venues."

p. 124

"Les larmes d’un individu plongé dans la tristesse ou en proie à une vive émotion ne sont pas aussi salées que les larmes de colère. Je sais aussi que les larmes de bonheur ont un goût légèrement plus doux que celles produites par les glandes lacrymales d’un individu en mauvaise posture. Celles versées lorsqu’on s’est mis dans l’embarras n’ont pas non plus le même goût que celles qu’on verse lorsqu’on parvient de justesse à s’extirper d’une situation problématique. En revanche, celui qui est sous le coup d’une vive émotion verse des larmes plus riches en hormones que les autres, et qui agissent comme un analgésique naturel."

p. 181